La famille de Pascal Kabungulu cherche justice auprès des Nations Unies

Genève/Ottawa (8 février 2016) – Dix ans après l’assassinat par des soldats en République démocratique du Congo (RDC) de l’éminent défenseur des droits humains Pascal Kabungulu, sa famille porte plainte devant les Nations unies avec l’aide de deux ONG, TRIAL et le Centre canadien pour la justice internationale. La plainte devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies intervient après d’infatigables efforts de la famille et de groupes de défense des droits humains pour relancer les procédures judiciaires en RDC, au point mort depuis trop longtemps.

Le 31 juillet 2005, des hommes armés en uniformes militaires ont assassiné Kabungulu chez lui, devant sa famille. Il avait déjà fait l’objet de plusieurs menaces en raison de son travail sur les droits humains au sein de l’organisation Héritiers de la Justice à Bukavu, dans le Sud-Kivu.

A peine quelques jours après son assassinat, l’épouse de Pascal Kabungulu, Déborah Kitumaini, a également été menacée et a été contrainte de fuir le pays avec ses six enfants. La famille a finalement trouvé refuge au Canada, où elle dirige la Fondation Pascal Kabungulu, qui soutient les familles de défenseurs des droits humains abattus en RDC.

« Pascal était un époux et un père exceptionnel. Il a été l’Amour de ma vie. C’était un homme courageux, fier, drôle et tendre aussi. Cela fait dix ans qu’il nous a quitté et il ne se passe pas un jour sans que nous ne pensions à lui ! » dit Déborah Kitumaini.

Le long chemin vers la justice

En dépit de l’ouverture d’une procédure judiciaire en 2005, les poursuites ont été interrompues lorsque des témoins ont mis en cause des hauts dignitaires. L’affaire a été transférée devant une instance supérieure et depuis, tous les efforts de la famille et des organisations de droits humains pour convaincre les autorités de reprendre le procès ont été vains.

De ce fait, la famille dépose aujourd’hui une plainte auprès du Comité des droits de l’homme des Nations unies. Deux ONG, le Centre canadien pour la justice internationale (CCJI) et TRIAL ont travaillé étroitement avec les Kabungulu pour qu’ils obtiennent enfin justice.

« Il y a eu une absence de volonté politique de poursuivre des hauts dignitaires, explique Matt Eisenbrandt, directeur juridique du CCJI. Nous saluons certaines avancées législatives positives en RDC, mais dans cette affaire le gouvernement n’a rien fait pour que les assassins de Pascal soient punis. »

« La famille de Pascal a beaucoup souffert et mérite que justice soit enfin faite, dit Philip Grant, directeur de TRIAL. Nous voulons aussi mettre en évidence les dangers auxquels sont exposés les défenseurs des droits humains en RDC, pour éviter que davantage de crimes ne soient commis contre eux. »

« Notre famille espère vraiment que les Nations unies rendront une décision favorable, dit Heri Kabungulu, le fils de Pascal Kabungulu. La RDC sera ainsi incitée à rouvrir l’enquête et à punir les auteurs : il est temps que cesse l’impunité. »

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